Les guerres

Neuville-Saint-Vaast au cœur des combats, de 1914 à 1945

Neuville-Saint-Vaast et la Grande Guerre

Dans la nuit du 4 au 5 octobre 1914, Neuville-Saint-Vaast fut envahi. Pendant 30 mois, sur ce front, dans la boue enlisante des tranchées, dans les fortifications du Labyrinthe, Français et Britanniques d'Europe et d'outre-mer combattirent âprement pour la libération du village puis de la crête de Vimy. Le village fut entièrement rasé.

Été 1914
L'invasion

Les armées allemandes pénètrent en Belgique le 4 août puis en France. Arras est envahie le 6 septembre. La bataille d'Arras (1er-4 oct.) stoppe les Allemands aux portes d'Arras, mais Neuville-Saint-Vaast est occupée.

Oct. 1914
Le Labyrinthe

Les Allemands construisent autour de Neuville des fortifications permanentes — des kilomètres de tranchées entrecroisant le « Labyrinthe » : sacs de terre, ciment, mitrailleuses tous les 25 mètres, abris souterrains et réseaux de barbelés.

9 mai 1915
L'offensive d'Artois — « Resurgam »

La division marocaine perce jusqu'à la cote 140 sur la crête de Vimy. La Targette est reprise, mais Neuville ne sera entièrement reconquise que le 9 juin 1915, au terme de violents combats de rue, au prix d'une destruction totale du village. Cette date du début de l'offensive devient celle du blason : 9 mai 1915, Resurgam !

9 avr. 1917
Bataille d'Arras — Les Canadiens à Vimy

Les troupes canadiennes s'emparent de la crête de Vimy, haut fait d'armes fondateur de l'identité nationale canadienne. La rue du Canada mène au mémorial canadien de Vimy, au nord de la commune, qui commémore leurs soldats morts pour la liberté de la France.

Oct. 1918
Libération du Pas-de-Calais

Arras est dégagée à partir du 27 août. Lens est libérée le 3 octobre, Lille le 17 octobre. Le 16 octobre, tout le Pas-de-Calais est délivré. L'armistice met fin à la « Der des Der » le 11 novembre 1918.

1920 – 1930
La renaissance

Neuville se reconstruit. Les maisons, les commerces, l'église — tout est rebâti pierre par pierre. Les monuments aux morts, les cimetières militaires de multiples nations, la Cité des Mutilés témoignent du sacrifice de toute une génération.

Au printemps 1915, l’armée d’Urbal entame une offensive de grand style tendant à percer les lignes allemandes au Nord d’Arras et à s’emparer de la crête de Vimy qui domine la plaine de Lens.
Pour sa part, le 20e corps a reçu mission d’enlever Neuville-Saint-Vaast, grosse bourgade qui avant la guerre comptait 1200 habitants, et était tombée aux mains de l’ennemi en octobre 1914. Les Allemands se sont organisés fortement sur cette position.
Protégée par 4 lignes successives de tranchées, Neuville-Saint-Vaast s’est muée en véritable forteresse.
Des 150 maisons qui composent l’agglomération, pas une qui n’ait été crénelée et machinée, pas un soupirail qui ne braque un canon de mitrailleuse.
Les caves qui servent d’abris aux défenseurs ont été étagées et matelassées, les rez-de-chaussée barricadés et bétonnés, le tout renforcé par des fils de fer barbelés de l’épaisseur d’un doigt.
Pour ravitailler la garnison, une voie de 0m60 suit la rue principale du village et pousse ses ramifications jusqu’aux avancées.
En définitive un point d’appui formidable dont la garde est confiée à des troupes d’élite du 1er corps de réserve bavarois.
Le 9 mai 1915, notre offensive se déclenche. En 2 heures, la 11e division atteint les lisières sud de Neuville-Saint-Vaast, où des combats acharnés s’engagent, en même temps que sur les tombes du cimetière, pris et reperdu 2 fois au cours de la journée.
Cependant la défense ennemie se fait plus opiniâtre. Deux tiers du village restent à enlever.
Pour en finir, le général d’Urbal fait appel à une unité fraîche, la 5e division, qui arrive d’un secteur calme, commandée par un chef déjà réputé : le général Mangin.
On lui confie la rude mission d’achever la conquête de Neuville-Saint-Vaast. Mais l’homme est de ceux que nulle tâche n’effraie, qu’aucune difficulté ne rebute.
Mangin ne perd pas de temps. Le 28 mai, ses troupes à peine débarquées, il procède à l’enlèvement de quelques maisons pour rectifier son front de départ.
Sans souci des bombardements violents dont l’artillerie allemande écrase nos lignes sous des obus de 105, de 150 et de 210, il pousse rigoureusement ses préparatifs.
Et le 1er juin, il lance ses régiments à l’attaque. Mais prises sous des feux croisés de mitrailleuses, enveloppées dans des nappes de gaz asphyxiants, nos troupes sont contraintes de regagner leurs tranchées de départ. Le gain de la journée se borne à 2 maisons, mais la lutte se poursuit toute la nuit à coups de grenades.
Les jours suivants, notre préparation d’artillerie est reprise avec des moyens renforcés, et le 5 juin, Mangin déclenche une nouvelle attaque ayant pour axe la rue centrale de Neuville qui mesure près d’un kilomètre de longueur.
A gauche le 36e régiment après 4 tentatives, reste cloué au sol. Il s’est heurté à des défenses intactes et l’explosion d’une mine a enseveli un gros d’assaillants.
A droite le 129e, plus heureux, progresse sous un feu intense, mais son chef le lieutenant-colonel Denis-Laroque a été tué l’un des premiers.
A la nuit, tout un groupe d’habitations reste entre nos mains, mais une grande confusion règne parmi nos troupes, où les unités des 6 bataillons d’attaque sont enchevêtrées. Nos pertes sont considérables et la défense ennemie tient toujours.
Informé de cette situation, le général Foch convoque les généraux d’Urbal et Mangin. Estimant qu’il faut profiter coûte que coûte de notre supériorité actuelle sur l’ennemi, il décide de poursuivre la lutte jour et nuit sans désemparer jusqu’à la conquête totale du village.
Mangin donne ses ordres en conséquence, bien résolu à ne pas laisser à l’adversaire une minute de répit. Il faut relever le 129e, très éprouvé, par le 36e, et la bataille recommence avec une nouvelle fureur.
Les 6 et 7 juin, nos troupes progressent à coup de grenades de rue en rue, de maison en maison. Le 8 juin est une journée particulièrement dure. Reprise dès 2 heures du matin, nos attaques se poursuivent pied à pied, et réussissent à emporter un groupe important d’habitations dans la rue centrale.
La garnison de l’une d’elles, cernée de toutes parts, refuse de se rendre, elle est anéantie par sa propre artillerie. A 15 heures enfin, l’ennemi en désordre se replie vers le nord.
La nuit arrive à temps pour permettre aux chefs survivants de réorganiser nos unités mélangées, décimées, à bout de souffle. Le 9 juin, au petit jour, l’assaut suprême est donné. Dans un élan irrésistible, nos soldats oubliant toute leur fatigue et entrevoyant le terme de leurs efforts, arrachent aux ultimes défenseurs les dernières maisons du village.
Ces 14 jours de combats sanglants ont coûté à la 5e division près de 2 600 hommes, dont 72 officiers. Du côté allemand, 500 cadavres retrouvés sous les ruines fumantes, sans compter les corps ensevelis sous les décombres, témoignaient de l’extraordinaire violence de la lutte.
Opération modèle comme conquête méthodique d’un village fortifié, splendide témoignage de la bravoure et de l’opiniâtreté française, la conquête de Neuville-Saint-Vaast faisait l’honneur à nos troupes héroïques autant qu’au chef énergique qui les avait conduites au succès.

Lorsqu’à la mi-septembre 1914 les soldats français laissent de côté leurs fusils pour, à la demande de JOFFRE, creuser à la pelle des trous afin de ne plus jamais reculer face aux Allemands, ces soldats ne savent pas qu’ils dessinent un fond de tranchées qui finira par s’étendre de la mer du Nord (Nieuport) à la frontière suisse, sur près de 700 kilomètres…
Dès lors, pendant plus de 4 ans, des millions d’hommes vont se relayer dans ces tranchées, venant y perdre un bras, la vie, la raison ou simplement l’insouciance de leurs vingt ans.
Lorsque Décembre 1914 surprend les armées engourdies sur cette frontière qui ne dit pas son nom, chacun comprend qu’il ne rentrera pas chez lui pour la Noël, comme espéré.
JOFFRE tente bien de percer le front les 17 et 18 décembre avec l’appui de l’armée britannique mais cette attaque se solde par de nouveaux corps abandonnés sur le "no man’s land".
Alors chaque Etat Major, chaque Nation se résigne à organiser un Noël exceptionnel pour les hommes qu’ils ont envoyé combattre là bas et qui rentreront au printemps, comme le pense chaque camp.
C’est ainsi que débarquent dans les tranchées françaises, britanniques et allemandes les meilleurs vins, champagne, whiskys, schnaps.
L’ordinaire de la cantine devient extraordinaire.
Chaque soldat peut jouir d’un menu souvent plus fastueux que celui qu’il partageait auprès des siens, il y a un an, une éternité…
Dans certains secteurs, les ardeurs guerrières ne se sont nullement émoussées par la veillée de Noël : on se bat en maints endroits et on y meurt, même un soir de Noël…
Mais dans beaucoup d’autres endroits, le canon se tait depuis quelques jours. Des moineaux se sont même risqués à revenir virevolter en des lieux qu’ils avaient désertés.
Alors on mange le festin des cuistots autour des braseros de charbon, quand on a du charbon. Les souvenirs de la famille à l’arrière, des Noëls d’antan dansent dans les yeux de ces hommes si loin de chez eux, de leurs parents, leurs femmes, leurs enfants.
Une immense nostalgie nimbée de tristesse se glisse dans les tranchées et s’insinue dans les cœurs. En beaucoup d’endroits, la nuit se passe dans cette atmosphère mais en d’autres endroits des hommes bravent l’interdit…
Car en ces endroits, les Allemands ont posé sur le sommet de leurs tranchées des sapins de Noël illuminés et à 100 mètres de là des français ou des britanniques regardent ces lumières improbables scintiller dans la nuit de Noël.
Des voix se risquent à entonner « Stille Nacht » aussitôt repris en anglais ou en français selon les lieux.
Le chant, la musique (harmonica ou cornemuse) tendent une passerelle entre les tranchées qui se font face.
Alors des hommes peu à peu sortent de leurs tranchées, sans fusils et osent s’avancer sur le "no man’s land" à la rencontre de celui qui chante la même chanson, en face avec ses mots à lui.
Les hommes se rencontrent au milieu du "no man’s land" enneigé en certains endroits... On tend la main vers l’autre, on goûte à son gâteau, son alcool.
Comme l’écrira Louis Barthas, tonnelier audois perdu dans la plaine de l’Artois, qui fraternisa lui aussi à Neuville-Saint-Vaast, mais en décembre 1915, la communauté de souffrance et de misère unissait ces hommes, sous des uniformes différents.
Pendant quelques heures, quelques jours, voire plus selon les endroits, les hommes n’ont plus combattu. Ils se sont vus souvent pour boire, manger, s’échanger des journaux, leurs adresses pour se revoir après tout ça…
Bien sûr les Etats Majors ont su, bien sûr ils ont moyennement apprécié et bien sûr la guerre a repris ses droits…
Mais aucun Etat Major n’a pu effacer de la mémoire des fraternisés le souvenir des sapins, des chansons, des rires et des visages de ceux d’en face, si semblables aux leurs.

Paul Dubois (division marocaine, 4e tirailleur) nous raconte la "Deuxième bataille d'Artois".
Le 9 mai 1915 est lancée, en Artois, une importante offensive. La « Deuxième bataille d’Artois » est destinée à rompre le front allemand. Plusieurs divisions y participent, dont la Division marocaine. Paul Dubois est caporal depuis le 1 avril 1915. Il sera grièvement touché à Souchez le 16 juin 1915.
"Le 9 mai, il fait un temps superbe. Nous attendons l’attaque depuis quelques jours. Nous sommes couchés à Acq qui est à 6km des premières lignes. La veille, on nous donna l’ordre de coucher sac prêt, la toile de tente sur le sac et de se tenir prêt à partir à la moindre alerte. A 2h30 du matin, le capitaine s’amène : « Sac au dos ». En dix minutes, c’est fait. Nous sommes rassemblés dans un pré, sous de grands peupliers pour être à l’abri du regard si quelques avions ennemis venaient nous survoler.
Le bombardement commence à 5h et le roulement va de plus en plus fort. A 7h, on ne s’entend plus causer et à 9h, quoique étant à 4km des premières lignes, on saute sur place. Les pièces de tout calibre tirent sans interruption. C’est pire qu’un roulement de tambour. Nous avons des trains blindés armés de pièces de marine qui tirent à 10km de là. Quand, à 9h30, le 75 s’y met d’un seul coup. C’est un bruit à vous rendre fou.
A 10h, l’assaut général est donné sur un front de 10km. Les Anglais opèrent à notre gauche, devant Loos. [Note : les Britanniques attaquaient en réalité vers Aubers et Festubert ; la bataille de Loos eut lieu en septembre 1915.] A 11h30, les premières vagues ont fait 4km et demi ; et 5km en avant les boches sont soit en bouillie sous cet orage de fer, soit fous, se rendent et se sauvent où ils peuvent, comme ahuris.
Notre régiment est la troisième ligne de renfort. Nous avançons au Mont-Saint-Éloi et, à 14h, nous partons pour en mettre un coup à notre tour, car nous attendons avec impatience. Nous avons déjà pris la route de Béthune à Arras, la Targette, Neuville-Saint-Vaast. Nous partons à travers les tranchées conquises et arrêtons vers Neuville pour y faire des tranchées pour notre point d’appui.
La bataille continue dans la nuit, nous avançons pour nous resserrer sur les premières lignes. Le matin, les obus, les shrapnels nous arrosent. Ma chéchia est déchirée et jetée à terre par un éclat d’obus. Je la ramasse et continue ma course. Nous arrivons aux premières maisons du pays qui forment un vaste incendie. La mitraille pleut de toute part, c’est un abrutissement complet. Dans la nuit nous n’avons pas pu tenir tout le pays de Neuville. Les boches tiennent quelques maisons au nord, et nous le sud.
Les combats de rue s’engagent. Nous avons une batterie qui est venue s’installer à l’entrée du village et se fait entendre. Elle fait du bon boulot.
Le soir arrive, on nous donne l’ordre d’aller en première ligne. Nous allons en rampant jusqu’à 200 mètres des boches, car ce n’est plus la mode de marcher debout. Et aussitôt nous faisons des tranchées pour nous y abriter le jour et attendant que l’on avance, si c’est possible. Dans cette guerre il est impossible de tenir sans être caché ou couché.
Cette nuit-là nous avons eu la visite de quelques boches, non pas pour se battre mais pour se rendre. Peut être 80, mais en 2 fois, et un capitaine. Nous les avons reçu à coups de fusils, et quand ils ont dit qu’ils étaient « Kamarades », nous leur avons fait bon accueil. Ils sont désespérés du "75" et disent que si l’on continue à bombarder avec, ils se rendront tous. Heureusement, il n’est pas près de se taire notre meilleur camarade.
La pointe du jour arrive, c’est le 11 mai. Les balles continuent de claquer à nos oreilles. Le capitaine de ma compagnie, Guenbau, tombe, percé par une balle qui lui traverse le ruban de sa médaille de légion d’honneur. L’adjudant de ma section est blessé en même temps, tout le monde reçoit l’ordre de rester caché. Les marmites tombent toujours. Une d’entre elle nous recouvre de terre, deux escouades à la fois. Pourtant, à midi, le bombardement recommence de notre côté. On nous annonce 2h de bombardement. A 14h nous devons donner l’assaut. On nous envoie un lieutenant pour reprendre le commandement de la compagnie.
La quantité d’obus explosifs qui tombe devant nous forme une fumée noire qui nous prend à la gorge et nous empêche presque de voir les lignes boches. Le pays de Neuville flambe depuis 3 jours. Les boches bombardent la partie que nous tenons, et nous, le reste de ce qui leur appartient. Les maisons s’écroulent presque toutes à la fois.
Quatorze heures arrivent, voici l’assaut. Nous sortons de derrière nos mottes de terres. Les mitrailleuses et les "75" font rage. Les marmites de 155 et 270 mm paralysent les renforts à 2 et 5km de là. Nous avançons plusieurs centaines de mètres derrière une crête, en avant du bois de la Folie, et on s’en contente. Les boches ont encore perdu un bon point d’appui, et les macchabées ne nous enverront plus de balle. Pendant ce temps il en est tombé pas mal des nôtres, mais beaucoup sont blessés.
Le soir de cette journée mémorable arrive. Nous maintenons nos positions. Une petite contre-attaque est repoussée. Nous continuons de creuser. Voilà 1h du matin, quand un régiment vient nous relever. Mais avant de les quitter nous leurs avons dit : « Continuez ce que nous étions en train de faire ». Nous voilà donc partis pour nous reposer un peu les idées. Nous arrivons au Mont-Saint-Éloi qui est cette fois distant de 6km ; tandis que 4 jours avant, il en était à peu près 2km. C’est alors la soupe qui est notre première idée, après l’appel aux vivants. En effet, depuis le 8 mai au soir nous n’avions pas eu de soupe, ni rien de chaud. J’ai mangé en 4 jours une boule et demi de pain et une livre de chocolat ; pendant trois jours j’ai bu un demi litre d’eau et, comme les camarades, pas roupillé, si ce n’est quelques heures pendant les grands bombardements sur 24h.
Nous sommes revenus à 67 sur la compagnie qui comptait, avant l’attaque, 218 hommes.
Donc, on se cale bien les joues. Et avant, j’oubliais de dire que, ayant un ruisseau tout près, je me suis débarbouillé et nettoyé de fond en comble, ainsi que les copains, car cela nous faisait encore plus plaisir que de manger.
Et après c’est le vaguemestre qui apporte les lettres. Je réponds à une dizaine, ça me fait grand plaisir d’avoir des nouvelles après une séance pareille et, en plus, quelques petits drapeaux qui flottent dedans. Une heure après c’est le pinard qui flottait dans nos quarts car on se récompensait de la misère et de la soif des 4 jours que l’on avait eus.
Comme il n’y avait pas de cantonnement où nous étions, car tout était plein de troupes, on nous a fait cantonner dans un bois, tout près de ce patelin. Et nous montons la tente avec quelques feuilles et un peu de paille et, à la nuit tombante, tout le monde s’allonge dessous et ne demande qu’une chose : de roupiller un brin. Mais, voilà qu’à 23h les marmites de 210 tombent dans le bois : 100 mètres en avant et 100 derrière. Plein dedans. Et une dizaine nous arrivent tout près. On entend les éclats se heurter contre les arbres et les toiles de tente ne sont pas bien solides. Et tout d’un coup on entend : « Sac au dos ». Chacun saute sur son barda ; on démonte les tentes et, en avant, nous voilà partis. Ces cochons-là nous avaient repérés dans la journée et s’étaient dit : « Bon pour cette nuit ». Ils se figuraient qu’on ne dormirait plus. Erreur. Nous allons, de ce pas, à Acq, dans le pré où, le 9, nous attendions l’attaque. Et là, repos, mais il y avait encore 3km de faits.
Et là, je m’allonge sur l’herbe avec ma toile de tente sur moi et je roupille jusqu’à 6h tout de même. Quelle ne fut pas ma surprise, quand je m’éveillai, de voir qu’il tombait de l'eau et que j’étais tout mouillé sur la figure qui était à l’air, et que je n’avais rien senti. Il me semble que je dormais d’un bon cœur.
Ensuite la soupe arrive et, à 13h, nous partons, un peu à l’arrière, à Béthonsart. C’est à 12km de là. Il tombe toujours de l'eau. Enfin, nous arrivons, tous bien fatigués. De nouveau la soupe, quelques verres de pinard, et on cantonne dans une ferme, dans un grenier. On rigole de se voir dans un château, au premier étage. Et, à 20h, tout le monde dort, bien tranquille cette fois, à l’abri des marmites, et goûte ce repos bien gagné. Je n’ai pas besoin de dire si j’ai bien dormi.
Au tableau d’honneur, notre division a été citée à l’ordre de l’armée pour sa bravoure dans l’attaque du 9, 10 et 11 mai 1915."

La Seconde Guerre mondiale

Vingt ans après la Grande Guerre, l'Artois fut à nouveau plongé dans le conflit. Occupé dès mai 1940 sans que le village subisse de destructions majeures, Neuville-Saint-Vaast traversa quatre années d'occupation avant d'être libéré le 1er septembre 1944. Derrière ce calme apparent, des femmes et des hommes choisirent de résister, au péril de leur vie.

Mai 1940
L'Occupation

Après la percée des Ardennes, tout l'Artois est occupé dès la fin mai 1940, avant même l'évacuation de Dunkerque. Neuville-Saint-Vaast est occupée sans combat : le village, déjà entièrement reconstruit après la première guerre, est cette fois épargné par les destructions directes.

1940 – 1944
La Résistance

Des habitants s'engagent dans les réseaux de résistance intérieure. Jean Tison, résistant de Neuville-Saint-Vaast, est arrêté par les Allemands puis fusillé à Arras le 5 avril 1944, cinq mois avant la libération du village. Son sacrifice témoigne du courage de ceux qui, dans l'ombre, refusèrent la résignation.

1er sept. 1944
La Libération

Les forces alliées, progressant depuis la Normandie, atteignent l'Artois en fin d'été 1944. Neuville-Saint-Vaast est libérée le 1er septembre 1944 — sans que la commune ne connaisse, cette fois, les destructions totales qui l'avaient anéantie près de trente ans plus tôt.

Mémoire
Les traces du second conflit

La nécropole nationale de la Targette, cimetière de la Grande Guerre, abrite également les tombes de combattants du second conflit : 593 soldats français, 170 Belges et 4 Polonais morts entre 1939 et 1945 y reposent dans des carrés distincts.

Le cimetière tchécoslovaque, voisin du monument Nazdar (inauguré en 1925, reconstruit en 1968) dédié aux volontaires tchécoslovaques de la Grande Guerre, abrite aussi 136 soldats tchécoslovaques de 1939-1945, dont 29 aviateurs.